La coordination du PPRD en diaspora et plusieurs personnalités proches de Joseph Kabila ont condamné, ce jeudi 18 juin 2026, des propos de Félix Tshisekedi qui, à Houston, a qualifié son prédécesseur de « chien » sans le nommer.
Un communiqué qui dénonce une « dérive dangereuse »
Dans un communiqué, la coordination du PPRD en diaspora a qualifié ces propos de « graves, irresponsables et indignes ». Le parti y voit le signe d’une « dérive dangereuse du pouvoir » plutôt qu’un argument de débat démocratique.
Le PPRD reproche au chef de l’État d’avoir détourné, selon ses termes, « une plateforme sportive » pour insulter un ancien président de la République. Le texte est signé par Sandra Nkulu-Kyungu, coordonnatrice du PPRD Diaspora.
Le parti, fondé par Joseph Kabila, défend par ailleurs le bilan de son fondateur. Il le présente comme « l’artisan de la réunification nationale » et de la Constitution du 18 février 2006.
Houston : l’origine de la polémique
La controverse trouve son point de départ dans une sortie de Félix Tshisekedi devant la diaspora congolaise, à Houston, aux États-Unis. Le président y a déclaré qu’en disant « qu’un chien pouvait nous diriger », les Congolais auraient « ouvert la voie aux ennemis ».
Bien que le nom de Joseph Kabila n’ait pas été prononcé, ses adversaires y ont lu une attaque directe contre l’ancien chef de l’État. La séquence a aussitôt circulé sur les réseaux sociaux et nourri une vive polémique politique.
Pour le PPRD, le choix du mot et du cadre — un événement hors du pays — aggrave la portée des propos. Le parti estime que la fonction présidentielle s’en trouve fragilisée plutôt que renforcée.
Le parallèle historique avec Lumumba et le « crapaud »
Au-delà de la condamnation, le PPRD a établi un parallèle mémoriel. La coordination en diaspora rapproche le terme « chien » de celui de « crapaud », qu’elle attribue à un usage antérieur visant Patrice Emery Lumumba.
Le parti y voit un « atavisme troublant » de « déshumanisation politique » dans l’histoire congolaise. Selon cette lecture, réduire un adversaire à un animal s’inscrirait dans une continuité dangereuse.
Figure historique de l’indépendance, premier Premier ministre du Congo, Lumumba reste une référence forte du débat national. Convoquer sa mémoire vise à donner une portée symbolique maximale à la condamnation.
Ce rapprochement relève toutefois de l’interprétation politique du PPRD. infos243 le rapporte comme une prise de position de parti, et non comme un fait historique établi.
L’article 64 de la Constitution invoqué
Le communiqué s’appuie aussi sur un argument juridique. Il invoque l’article 64 de la Constitution congolaise, qui fait obligation à tout citoyen de faire échec à quiconque exercerait le pouvoir en violation de la loi fondamentale.
Cette référence n’est pas neutre. En mobilisant ce texte, le PPRD inscrit sa contestation dans un registre de légitimité constitutionnelle, et non de simple polémique.
La coordination accuse par ailleurs le pouvoir de chercher à détourner l’attention de ses échecs. Elle cite des revers « sécuritaire, social, diplomatique et démocratique ».
Néhémie Mwilanya : « un président ne devrait pas dire ça »
Plusieurs personnalités ont prolongé la contestation à titre individuel. Néhémie Mwilanya, ancien directeur de cabinet de Joseph Kabila, a réagi sur le réseau social X.
Il a écrit qu’« un président ne devrait pas dire ça », reprenant une formule empruntée à un ouvrage des journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme. Diriger « le géant Congo » impose, selon lui, de « savoir garder la tête sur les épaules ».
Mwilanya met en garde contre le risque de « verser l’huile sur un feu » déjà difficile à éteindre. Il juge enfin impossible d’« effacer » Joseph Kabila Kabange « et son œuvre ».
Mushobekwa et Kikuni : deux voix supplémentaires
Marie-Ange Mushobekwa, ancienne ministre sous la présidence de Joseph Kabila, est également intervenue. Elle a affirmé que « les injures n’ont pas de place dans une République ».
Selon elle, l’unité et la cohésion nationale ne peuvent se bâtir dans « l’humiliation constante des adversaires ». L’argument déplace le débat du seul registre partisan vers celui des institutions.
Seth Kikuni, candidat à la présidentielle de 2023, a tenu les propos les plus offensifs. Il estime qu’en visant Joseph Kabila, le chef de l’État a aussi insulté les électeurs qui ont voté pour lui en 2006 et 2011.
Kikuni relie en outre la violence et les intimidations visant l’opposition au discours du président. Il a appelé à la mobilisation contre Félix Tshisekedi.
Un climat politique déjà tendu à Kinshasa
Ces réactions interviennent dans un contexte national sous tension. À Kinshasa, des violences survenues le 12 juin font l’objet de consultations lancées par le ministre de la Justice avec plusieurs leaders.
Dans le même temps, l’opposition a annoncé une marche nationale, prévue le 8 juillet, pour réclamer le départ du chef de l’État. La polémique sur le mot « chien » vient donc s’ajouter à un agenda déjà conflictuel.
À l’est du pays, la situation sécuritaire et la riposte contre une flambée d’Ebola mobilisent par ailleurs l’attention des autorités et des partenaires internationaux. Le débat politique se déroule ainsi sur fond de crises multiples.
Quels enjeux pour l’apaisement national ?
La séquence illustre la radicalisation du langage politique en RDC. Le recours à des qualificatifs déshumanisants, dénoncé par l’opposition, nourrit la défiance entre camps.
Pour ses détracteurs, le risque est celui d’un climat de tension accrue à l’approche d’échéances de mobilisation. Aucune réaction officielle de la présidence n’avait été rendue publique au moment de la rédaction.
infos243 continuera de suivre les développements de ce dossier, dont les réactions et les éventuelles réponses institutionnelles.

